Forum Social Mondial Nairobi 29-01-2007

Agence Misna

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KENYA 26/1/2007 16.13
FORUM SOCIAL MONDIAL : LE RIDEAU EST TOMBÉ, CONCLUSIONS ET BILANS


"Durant tout ce Forum nous avons semé des graines d’espérance, je suis presque sûre qu’elles pourront germer et pousser" a déclaré à la MISNA Wangari Maathai, environnementaliste et biologiste kenyane, Prix Nobel de la Paix, au terme du VIIème Forum social mondial qui s’est conclu hier à Nairobi. "Au cours d’un débat sur les biens communs tels que l’eau, l’air, l’environnement, j’ai réaffirmé qu’il ne faut pas les privatiser parce que ces biens doivent rester à disposition des gens" ajoute Mme Maathai, qui a parlé sur la scène de l’Uhuru Park devant des milliers de délégués et des participants à la grande marche des bidonvilles qui a eu lieu hier.

"Cette initiative fait sentir aux habitants des bidonvilles qu’ils ne sont pas laissés de côté et que la bataille pour leurs droits, à commencer par le droit à l’eau, est partagée par des mouvements et des groupes du monde entier" a-t-elle ajouté.

Le vrai bilan de ce Forum – qui en marge des tables rondes et des débats animés par plus de 50.000 participants enregistrés a accueilli des expositions, des projections cinématographiques, des performances artistiques – sera tiré entre aujourd’hui et demain par le Comité international organisateur. Ce dernier a déjà annoncé que la prochaine édition du Forum aura lieu en 2009. Beaucoup voudraient qu’il se tienne encore en Afrique.

"La décision sur le prochain lieu du Forum sera prise en mai à Florence (Italie) en marge d’une rencontre de ‘Terra Futura’" explique à la MISNA le journaliste italo-argentin Italo Savio, fondateur en 1964 de la coopérative Inter press service (Ips) et membre du Comité international du Forum. Un bilan ? "Hormis les limites côté organisationnel, il a constitué une étape importante pour la société civile africaine, qui a pu se confronter pour la première fois à d’autres réalités mondiales" dit encore notre collègue. Pour 2008, on envisage une formule décentrée avec une semaine de mobilisation internationale. Encore une fois contre les injustices globales et contre la pauvreté.
[CC]

AFRIQUE 26/1/2007 17.08
FORUM SOCIAL MONDIAL : UN AUTRE POINT DE VUE


(Partant de la grande marche qui a marqué hier la conclusion du VIIème Forum social mondial et revenant sur ces journées africaines, le missionnaire combonien Jean-Paul Pezzi nous a envoyé un courrier dont nous publions la traduction)

"L’envie de vivre ce moment de fête était immense. À Korogocho, la distribution des tee-shirts pour la marche s’est faite dans une confusion unique ; certains bénévoles ont pris le leur et son partis ; leur prix de dix shillings (12 centimes) était à la portée de tous, et la peur que la situation ne dégénère a poussé les organisateurs à fermer le portail devant la table de distribution.

Mais à la fin tout s’est bien passé. La marche a commencé, un peu en retard sous un soleil cuisant. Les enfants, dans la rue ou agglutinés aux grilles de leurs écoles, ne se lassaient pas de nous demander "Aouaiou", "How are you". Tous, Noirs et Blancs, habitants ou participants au Forum, ont marché au milieu de la poussière et de la saleté, certains munis d’appareils photo et de caméras pour filmer ce moment.

Mais quelque chose devait aller de travers. Un jeune nous coupe la route et hurle : "vous n’avez pas le droit de nous prendre en photo, nous ne sommes pas des singes!" À la sortie de Kiriobangi, deux morts sont étendus sur l’asphalte. "Un accident" nous dit la police. Au parc, on raconte qu’ils étaient en train de voler et que la police les a abattus sur le champ. Du reste, quelqu’un a bien insinué pendant ce Forum que tout ce spectacle de riches qui parlent de pauvres n’était pas en harmonie avec l’esprit du Forum.

D’autres ont trouvé au contraire que c’est une bonne chose de voir des riches entrer dans le monde des pauvres, pour prendre conscience, partager les idées et voir qu’au fond les personnes sont égales, même si elles s’habillent et mangent différemment. "Un monde nouveau ne peut naître qu’avec l’engagement de tous". Barros s’est permis de souligner : "oui, on a bien compris.

Le choix des pauvres doit être un choix d’humanité, non de classe". Ou va finir alors la priorité donnée aux pauvres ? "Ce choix d’humanité plus profonde doit partir des pauvres parce que, n’ayant pas les rennes du profit, ils sont plus ouverts à la dimension d’humanité". Une religieuse murmure à côté de moi : "Alors le Forum social mondial doit complètement changer de visage". C’est la grande découverte d’un secteur de la pastorale afro-américaine : le discours et une vision inclusifs de la réalité ".

"Au parc Uhuru (Liberté), il y a beaucoup moins de monde à la clôture qu’à l’ouverture. Les slogans se succèdent, contre tout et pour tous, on remet les prix aux vainqueurs du marathon, on invite à se retrouver en Afrique la prochaine fois…Il y a des chants et des danses, mais le ton est un peu moins gai qu’au début.

Des Espagnols derrière moi sont en train de parler. Ils sont venus sans appartenir à aucun mouvement ou idéologie. Ils s’interrogent: les gens du Forum demandent la transparence aux gouvernements et aux multinationales, mais les fondations qui gèrent le Forum, ont-elles dit combien elles dépensaient ? J’ai vu que la délégation italienne a porté 100.000 dollars, je leur fais voir la brochure, peut-être la plus simple de toutes celles que j’ai eues entre les mains. "Mais alors qui a passé les contrats avec le restaurant qui se trouve dans l’enceinte du Forum ?" me demandent-ils. Ils logent chez une famille, et entre une activité et l’autre ils mangent au Forum ; un repas très simple y coûte environ 7 dollars.

On comprend alors pourquoi hier des jeunes se sont mis en colère et ont réclamé de la nourriture gratuite pour les bidonvilles. Ils me montrent "Le journal indépendant du VII FSM : "Terraviva N. 4". À la page 3 on lit textuellement : "nourriture gratuite pour les enfants (et quelques adultes)". Et en première ligne : "des protestations ont caractérisé l’avant-dernier jour du FSM : des Kenyans pauvres se sont mis à hurler durant un sit-in devant le Windsor café, une extension de l’hôtel appartenant au ministre de l’Intérieur (Internal Security) John Michuku". Par qui ont été gérés les contrats de location du stade Moi, des tentes, la publicité, les transports, les appareils – très mauvais d’ailleurs – de traduction simultanée ?

Des Érythréens à deux pas de nous nous racontent avoir déserté le Forum parce qu’ils sont fichés et que le gouvernement kenyan tend à réprimer les voix dissidentes. Le Dalaï Lama n’a pas pu venir parce que la Chine a mis un veto sur son entrée dans le pays. Un membre du Secours catholique récolte des signatures parce que deux activistes des droits de l’Homme congolais n’ont pas pu prendre l’avion à Brazzaville, empêchés par la police.

Une rumeur dit qu’il y aurait des désaccords au sein du comité organisateur à cause d’argent qui aurait disparu. Des zones d’ombres sur cet événement qui laisse dans le cœur une grande lueur d’espoir mais également la crainte de déceptions.

La fête a pris le dessus hier mais pour les comboniens, la réflexion sur le FSM continue, elle doit continuer si l’on veut mettre en pratique idées et initiatives et si l’on veut éviter que le Forum ne se réduise à une simple occasion de se défouler devant des micros." (Lettre de P. Pezzi, missionnaire combonien)
[CC]


 

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In English

 

AGENCE MISNA

KENYA 26/1/2007 2.28
SOCIAL FORUM: CONCLUSIONS AND EVALUATIONS



“During the Forum we have sown many seeds of hope, I am pretty sure that they shall blossom and grow”, said Wangari Maathai, Kenyan environmentalist, Nobel peace laureate, to MISNA at the end of the 7th World Social Forum, which has come to a close in Nairobi.

“Participating in a debate over water, air, environment, I have reiterated the necessity that these not be privatized, and that they remain available to the people” said Maathai. She spoke to thousands of delegates and participants in the ‘march of the slum dwellers’ rights’, which was held today starting in Korogocho.

“This initiative – she told MISNA –makes those living in the slums feel as if they are not alone and that this battle for rights, starting from the right to water, is shared by movements and groups all over the world”. The actual toll of the Forum is entrusted to the meeting of the international organizing committee over the next few days.

Yesterday, in the last day of work at the Kasarani ‘Moi Sport Centre’ just outside Nairobi, 21 seminars on as many themes were held to try to collect the concrete action proposals that emerged in the previous days. The information shall be evaluated by organizers, who have already announced the eight edition that shall take place in 2009 and which many would prefer to hold in Africa again.

“The decision of the next venue shall be taken next May in Florence in occasion of a meeting of Future Earth” sais journalist Roberto Savio, founder of the Inter Press Service in 1964 and member of the International Committee of the Forum, to MISNA. As for an overall evaluation, “apart from the organizational limitations – he said – it has been an important step for African civil society, which has been able to confront itself with many other situations from all over the world”.

As for 2008 a decentralized formula appears to be gaining some popularity featuring one week of international mobilization and once again against global injustices and poverty.

[AB]